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Vendredi 18 décembre 2009 5 18 /12 /2009 15:18

Depuis plusieurs semaines maintenant, l’Etat a mis en place des centres de vaccination dans le cadre de la lutte contre la pandémie grippale H1N1. Un problème toutefois, c’est aux collectivités locales et plus spécialement aux communes d’assurer la logistique, de fournir les locaux, et de mettre à disposition du personnel administratif et technique. L’accélération récente voulue par le Président de la République a conduit les communes à demander une aide, au moins administrative. La réquisition de fonctionnaires d’Etat a donc été mise en œuvre. Nous vous donnons ici les témoignages de professionnels de santé et de fonctionnaires d’Etat.

La campagne de vaccination contre la grippe A H1N1 offre en coulisses un spectacle que les médias oublient de présenter à la population. En voici quelques exemples constatés dans le département des Hauts-de-Seine.

Les personnels des centres sont réquisitionnés depuis le 12 novembre 2009 et la campagne doit se terminer vers le 12 mars 2010. Le manque de transparence sur la forme des réquisitions fait peser  de sérieux  doutes  sur leur validité, au point que les vacations déjà assurées sont assimilées àdu volontariat !

En fait de volontariat, ce que c’était au début, on est passé au volontariat sous pression mais avec une marge de manœuvre tout de même peu après la réquisition, à une réquisition en bonne et due forme pour la majorité des acteurs. Bien entendu les directions départementales ont laissé les chefs d’unité locale se débrouiller pour faire au mieux et éviter les clashs.

Qui sont ces personnels? Des cadres et agents administratifs territoriaux ou fonctionnaires de l’état sans lien systématique avec le monde de la santé, des médecins et externes dont les réquisitions ont été récemment médiatisées. Mais dans la grande majorité des cas, lorsqu’il s’agit de soignants, ce sont des cadres de santé formateurs dans les Instituts de Formation en Soins Infirmiers du 92 et d’étudiants-infirmiers de troisième année.

Cela fait donc un mois que les uns et les autres assurent plusieurs vacations par semaine, au détriment de la qualité de la formation. En effet, les étudiants ne sont plus ou presque plus en stage et les formateurs n’ont plus la disponibilité nécessaire à la mise en place et à la préparation des activités pédagogiques, dans un contexte déjà rendu difficile par la mise en place précipitée du nouveau référentiel de formation des infirmiers. Les vacations de ces soignants seront rémunérées sur la base d’environ 14€ brut par heure de présence, en dehors des horaires habituels de travail, et payées double le dimanche. Le tarif identique pour les étudiants et les formateurs pose la question de la prise en compte du statut de cadre A de la fonction publique des formateurs…

Paradoxe, les cadres supérieurs, notamment de rangs élevés (les fameux hauts fonctionnaires) se sont sentis obligés de se mettre à la remorque du Préfet. Il faut bien penser à sa carrière et servir d’exemple. Ils se sont donc inscrits les dimanches, parfois pour la journée entière provoquant l’ire et non l’admiration des cadres B et C ou même des A les moins gradés. En effet, les agents se sont aperçus rapidement qu’en pratiquant ainsi certains hauts fonctionnaires pouvaient gagner 1000 €, voire 2000 € ou plus par dimanche, pendant qu’un cadre C n’en retirerait que 200 Euros. Il n’y a pas de petits profits pour les plus « riches » des fonctionnaires…

Mais, la réquisition prévoit deux fonctionnaires par vacation de la même administration. Un cadre A, sensé être l’adjoint du chef de centre et un cadre B ou C sensé être chargé de l’accueil et de la gestion des flux. Mais les choses ne se passent pas forcément ainsi et l’on voit un directeur départemental d’administration faire de la saisie informatique comme le cadre C de la même administration. Résultat le même travail, mais pas la même paye !

En ce qui concerne les fonctionnaires d’État une anecdote mérite d’être contée. Nous sommes dans le département de Sarkozy et le Préfet, bien en cours à l’Élysée, s’est cru obligé d’être le fidèle affidé de son maître et de donner l’exemple. Du jour où la réquisition a été connue il a fallu fournir des listings dans les 90 minutes. C’est drôle comme les chefs d’administrations départementales peuvent penser que leurs cadres intermédiaires sont devant leur messagerie à attendre les ordres qui tomberaient à toute heure du jour et de la nuit. Ils n’imaginent même pas la gestion des tâches et des missions, la gestion des personnels, les problèmes matériels quotidiens, l’accueil du public pas toujours agréable selon les administrations…

Par ailleurs croyez vous que l’on se rappellera des problèmes vécus par les agents et les cadres au moment où sonnera l’heure des bilans annuels ? Mettra-t-on les objectifs de côté ? Il est permis d’en douter !nt leur messagerie à attendre les ordres

Par ailleurs, de nombreux étudiants-infirmiers ont dû interrompre leurs « petits boulots » alimentaires qui leur permettaient de vivre pendant leurs études afin de répondre à la demande préfectorale, certains voyant ainsi leur situation se précariser de plus en plus.

Très rapidement décidé face aux pics d’affluence, le récent élargissement des horaires d’ouverture a continué, par une multiplication des vacations, d’aggraver l’organisation déjà critique de la formation. Il a été demandé aux acteurs de s’inscrire dans des tableaux correspondant aux divers centres à couvrir dans des délais trop brefs pour le maintien d’une organisation personnelle et professionnelle.

La semaine dernière, la fréquentation des centres par la population était en très nette régression et a laissé les personnels médicaux, soignants et administratifs dans une presque complète inactivité sur certaines plages horaires. Même s’il est certain que la fréquentation de centres par le public est difficile à anticiper, quel coût pour les finances publiques et donc pour nos impôts ? Quelle situation en outre pour les professionnels, contraints d’être présents et inactifs tandis que le travail quotidien s’accumule ?

A ce titre, une autre anecdote. Le centre de vaccination d’une grande ville du 92 a connu il a deux semaines une affluence très forte un samedi et des heures de queue épuisante pour le public, les soignants, les administratifs... Vous penserez, normal la vaccination des enfants commençait et les familles profitaient des courses hebdomadaires ou de Noël pour venir au centre. Oui un peu, très peu, en fait. Les médecins occupés par ailleurs ou plus résistants à la réquisition (sont-ils plus malins, moins peureux face à la contrainte administrative ?) ne sont pas venus ou venus avec plusieurs heures de retard. De là les faux succès constatés. Si un journaliste de TF1 était passé par là il aurait pu vanter, au journal de 20h00, le succès de l’opération, sans imaginer ou chercher à comprendre les causes réelles de cette affluence artificielle.

Le dernier constat pose des problématiques centrées sur le respect des personnels. En effet, une circulaire de la Direction Générale de la Santé du 9 Avril 1998 impose des règles d’hygiène et de sécurité tel le port de gants à usage unique pour réaliser l’injection du vaccin. Lorsque certains centres se sont trouvés en rupture de stock de gants, les formateurs et les étudiants, conscients de leurs responsabilités envers la population, ont d’abord alerté les responsables puis refusé de vacciner dans des conditions non conformes au respect des bonnes pratiques. Les responsables départementaux ont alors fait preuve d’une totale méconnaissance du problème et d’une absence d’écoute face à l’avis des professionnels, niant ainsi leurs compétences dans le domaine. Les pressions de la part des responsables des centres et de la DDASS pour faire fi des règles ont été vécues par les soignants comme de réelles manœuvres d’intimidation, avec dans certains cas des propos totalement irrespectueux. Un CHSCT a été saisi et est intervenu afin de faire respecter les conditions de travail et d’en rappeler les règles élémentaires.

Quelles peuvent être les raisons de tels comportements?

Sans réelle remise en cause du bien fondé de cette campagne, il est permis de penser que ses enjeux induisent des pressions à tous les niveaux de la chaîne de responsabilité.

Encore que, même sans être médecin, on peut s’interroger sur l’utilité réelle d’une telle campagne. De grandes sommités médicales ont, dès le début, tiré le signal d’alarme. On peut penser notamment au Professeur Debré certes pas très sarkoziste mais tout de même dans la majorité. Mais rien n’y a fait, l’aspect communication a joué autant que l’aspect médical. Côté communication la bataille risque d’être perdue. L’entêtement et l’acharnement du trio infernal Sarkozy, Hortefeux, Bachelot à poursuivre une coûteuse campagne de type militaro-industriel avec la mise en place de « vaccinodrômes » surdimensionnés repose sur la crainte de voir leur système montrer ses limites. A priori, d’ailleurs, la France serait le seul pays d’Europe à gérer la pandémie de cette manière. La réquisition partielle des médecins de ville, dans leurs cabinets, aurait permis de gérer tout autrement et bien plus souplement la vaccination. On aurait pu, par exemple, suggérer qu’ils consacrent 2 heures par jour à la vaccination sur la base d’un tarif forfaitaire et non, bien sûr, de 22 euros. Ils connaissent leurs patients et ils auraient moins perdu moins de temps que les médecins réquisitionnés. Point de tout cela, la France et surtout son petit chef a remis à l’honneur un certain centralisme jacobin que nous croyions bien oublié. C’est ce même centralisme d’ailleurs, qui prévaut pour les réformes du Grand Paris ou des collectivités territoriales. Que l’État prenne ses responsabilités, c’est une bonne chose, mais qu’il le fasse donc dans la lutte contre la grande pauvreté, le traitement du chômage, l’insécurité dont sont victimes les populations les moins favorisées des banlieues, la lutte contre la fraude fiscale et sociale de certaines entreprises, l’investissement dans l’éducation des jeunes...

Par bureau de CPT
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